Le droit à l’image face à la photographie de rue
Près de trente ans après la sortie de son documentaire La rue zone interdite, Gilbert Duclos revient sur ce qui continue de nourrir sa pratique de la photographie de rue. Entre liberté de photographier, enjeux juridiques liés au droit à l’image au Québec, éthique du regard et attachement intact à l’espace public, il partage une réflexion à la fois personnelle et politique sur une pratique qu’il n’a jamais cessé de défendre.
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Depuis mes études en photographie, j’ai toujours été convaincu de la pertinence de la photographie documentaire en général tout en étant particulièrement attiré par la photographie de rue et ce malgré les enjeux relativement récents du droit à l’image au Québec. Il aurait été quand même contradictoire de cesser ma pratique après avoir défendu dans La rue zone interdite la liberté de photographier dans l’espace public. L’histoire nous apprend que la première photographie de rue a été prise à Paris en 1839 par Daguerre, montrant la silhouette d’un homme faisant cirer ses chaussures. On peut d’ailleurs voir cette image dans le documentaire.
Est-ce donc aux juges de la Cour suprême du Canada de décider de la pérennité de cette pratique photographique fondatrice? Pour l’instant au Canada, c’est le statu quo. Depuis mon jugement en 1998, il y a bien eu ce cas en 2012 où l’image d’une femme portant le voile dans un marché aux puces à Sainte-Foy a été publiée sans autorisation dans une revue québécoise. C’est très peu, mais quand même préoccupant. Elle a gagné sa cause, malgré le fait qu’elle n’était pas reconnaissable!
Car le véritable noeud du problème au Québec, c’est la publication d’une image. Est-ce d’intérêt public de publier la photographie d’un quidam prise dans un espace public sans son consentement? Voilà la véritable zone grise de la jurisprudence canadienne. Mon documentaire tente de répondre à cette question.
« La rue est un théâtre où l’on paie sa place avec du temps perdu » disait avec justesse Robert Doisneau.
Je suis un flâneur avec un appareil photo en main. La rue a toujours été mon espace de jeu, mon décor préféré et ce après plus de cinquante ans et des milliers de kilomètres parcourus à pied ou en vélo. Je reste abonné!
Demander ou pas la permission avant de photographier une personne est une décision personnelle que le photographe doit prendre. Si celle-ci donne son accord, cela devient alors une mise en scène, elle prend la pose et c’est très bien ainsi.
En ce qui me concerne, la magie de la photographie de rue, c’est tout le contraire. C’est d’être confronté aux hasards et imprévus d’une rencontre sans intervenir en tentant de saisir sur le vif un regard, un geste, une ambiance et finalement un lieu. Créer une petite histoire qui ne peut être racontée que par la photographie. Arrêt sur image!
L’anticipation, la rapidité et la discrétion sont des atouts à ne pas négliger.
Bien sûr, il est primordial que ceux et celles qui pratiquent la photographie de rue respectent certaines règles de savoir-vivre et d’éthique qui à mes yeux sont essentielles afin d’éviter des situations inconfortables et préjudiciables.
En 2001, j’ai publié à compte d’auteur un premier livre Gilbert Duclos Photographies 1977-2001 qui est maintenant épuisé. Il me fut très précieux à l’époque pour rencontrer certains photographes interviewés dans mon film. J’ai une pensée toute particulière pour Marc Riboud qui m’a gentiment introduit à ses ami(es) photographes.
Un nouveau livre est présentement en préparation. Il regroupera plus de 300 photographies réalisées entre 1975 et 2025 dans plusieurs grandes villes occidentales.
Il devrait être disponible cet automne sinon au printemps 2027. En attendant un coffret pour collectionneurs regroupant 12 de mes photographies sera mis en vente au début du mois de mai 2026.
Un aperçu du travail de Gilbert Duclos est disponible sur son site internet à l’adresse suivante : gilbertduclos.com
Entretien réalisé par Emmanuel Bacquet en mars 2026
Les photos sont tirées du film La rue, zone interdite
réalisé en 2005 par Gilbert Duclos