Coller pour surprendre : Une entrevue avec Sidony Cloud

Sidony Cloud découpe, assemble, détourne et réinvente les images avec un sens aigu du décalage. Dans ses collages, les corps, les visages et les fragments photographiques se rencontrent pour former des récits à la fois drôles, étranges et parfois irrévérencieux. De Cunéguonde, héroïne facétieuse née au creux de boîtes d’allumettes, à ses projets autour de la malbouffe, de la censure ou du land art, son travail interroge notre rapport aux images, à leurs icônes et à leurs interdits. Elle revient pour nous sur sa pratique du collage, ses personnages et ses projets à venir.

 

***

 

Romane Fragne : Cunéguonde est un personnage qui revient dans votre travail. Comment est-elle née, et qu’est-ce qu’elle vous permet d’explorer ?

Sidony Cloud : Je cherchais un titre pour les 8 épisodes de leporellos présentés dans des boites d’allumettes. Ce prénom oublié fait référence à Voltaire ; c’est mon mari qui a eu l’idée du titre Cunéguonde au bord d’elle. Cunéguonde est devenue l’héroïne de la saison 1. Par sa consonance drôle et légère, ce prénom évoque une gourgandine d’antan. Ce prénom a quelque chose de décalé comme les collages présentés dans ce travail. Cunéguonde a eu un tel succès que la saison 2 a vite vu le jour. 


 

RF : Avez-vous envie d’aller vers d’autres formes de collage, ou vers un projet qui surprendrait autrement votre public ?

SC : J'ai plusieurs projets en cours, très différents de mon travail habituel. J’ai envie d’explorer la 3D avec des sculptures dont je change la tête pour en détourner complètement le sujet initial. 

Je travaille également sur une série autour de l’hyperconsommation. Je fais découper par ma mère, qui est horlogère et donc très méticuleuse, des images de produits de grande consommation issues de magazines publicitaires. Ayant appris que ce genre de journaux  est voué à disparaître, pour des raisons écologiques,  j’en ai récupéré dans plusieurs pays pour créer une mosaïque très colorée. 

Le résultat esthétiquement très beau n'en dénonce pas moins la mal-bouffe. J’envisage une déclinaison sur différents médiums, grands panneaux publicitaires, impressions sur tissu pour réaliser des vêtements etc...

J’espère aussi faire une résidence en immersion dans la nature et travailler avec les éléments que je récolterai alentour, une sorte de collage land art comme j’en ai déjà réalisé sur les plages du Mexique, mais sans laisser de trace matérielle.  

 

 

Sidony Cloud - Article 3

RF : Y a-t-il un type d’images que vous n’avez pas encore osé aborder ?

SC : J'aimerais continuer et approfondir les collages de nus en osant davantage exposer des représentations de corps qui ne sont pas des modèles idéalisés, des corps obèses ou au contraire très maigres pour les inclure dans mon projet de malbouffe, car je me retrouve malheureusement trop souvent confrontée à une forme de censure, sur Internet comme lors de festivals grand public.

Je voudrais également continuer mes collaborations avec des artistes qui accepteraient de me confier leurs œuvres et d'intervenir sur leurs images, comme avec Thierry Valencin, qui m’a confié ses chutes de tests argentiques et sur lesquelles j’ai décliné mes collages.

 


RF : Le fait de voir, manipuler et trier autant d’images a-t-il changé votre rapport à la photographie ?

SC : Oui, en récoltant la matière pour mon travail  j’ai élargi mes connaissances  de la photographie et je me suis retrouvée à jouer avec des images qui auparavant me semblaient austères. Les œuvres de  grands noms comme August Sander, Cartier-Bresson, Depardon me sont apparues comme un terrain de jeu joyeux qui m’a offert une nouvelle vision de ce travail classique. 

Détourner des images iconiques permet de désacraliser l’aura de leurs auteurs. 

Sidony Cloud - Article 2

RF : Quels sont vos projets futurs ?

SC : Le projet de la mal bouffe est sur le point d’émerger, je vais réaliser des robes à partir de tissus imprimés. Je les porterai à l’occasion de l’ouverture de la Biennale de Venise. Une bonne manière de promouvoir ce travail. 

En ce moment, j’aime épingler mes images. Comme, paradoxalement, je n’aime pas coller ni fixer, j’ai trouvé cette option, et le résultat est plutôt intéressant. Avec des épingles de couture ou des aiguilles d’acupuncture je transperce les personnages qui se retrouvent à flotter dans mes « collages ».

 

 

Entrevue réalisée par Romane Fragne en avril 2026
Les photos sont tirées du film En guise d’introduction au travail et à l’œuvre de Sidony Cloud
réalisé en 2025 par Thomas Goupille

Le film lié à cet article

Sidony Cloud - Cover
8’
En guise d’introduction au travail et à l’œuvre de Sidony Cloud

Le collage comme manière simple, vive et libre de regarder autrement.